Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 15:37

Je raccrochai mon  téléphone mobile et sourit !

Comment donc ne pas sourire ? Je venais d’avoir un interlocuteur spécial en ligne. Comme à chaque fois que je l’avais au téléphone, j’étais apaisée ; il a comme un effet « baume » sur moi et cela, je l’ai constaté depuis longtemps ! C’est ce qui explique pourquoi je l’appelais chaque fois que j’avais un souci sur le cœur ; chaque fois que j’avais besoin de discuter avec une personne neutre, une personne qui est objective, chaque fois que le doute me saisit, j’appelle Jo. Qui est donc ce Jo ? Pour certaines personnes, je le présente comme étant mon oncle, pour d’autres, l’un de mes remarquables professeurs, pour d’autres très rarement, un ami ; mais à très peu de personne, j’expliquai réellement comment Jo est rentré dans ma vie ! Aujourd’hui encore, je me rends compte que les meilleures rencontres que nous faisons ne sont pas à des endroits où nous espérons les faire.

La pluie menaçait ce samedi après midi quand je décidai quand même d’aller à la bibliothèque du centre culturel français. Le délai pour rendre les livres prêtés était passé depuis quelques jours et j’allais être bientôt frappé de pénalités si je n’allais pas les rendre ce jour là. Je bravai donc le mauvais temps et muni d’un parapluie bancal, je sortis mais je fus rattrapée vite fait par la pluie. Heureusement, j’étais arrivée au niveau de la maison d’une vieille amie Christiane, chez qui je m’abritai les une heure et quart environ que dura l’averse. Il gouttait encore quand je décidai de continuer mon chemin et recroquevillées sous l’infâme parapluie, elle me raccompagna au bord de la voie afin que je puisse y trouver un moyen de transport. Au bout de quelques minutes, nous vîmes un véhicule Peugeot arrêté au feu rouge opposé. Mon amie, croyant reconnaitre le véhicule d’un de ses oncles, lui fit de grands signes afin que le feu passé vert, il s’arrête à notre niveau, ce que le véhicule fit docilement. En se penchant vers le chauffeur, elle se rendit compte qu’il y avait méprise sur la personne et s’en excusa.

-          Excusez-moi Monsieur, de loin, je vous ai pris pour mon oncle

-          Ce n’est pas grave ma fille ! il me semble que vous cherchez un moyen de transport n’est ce pas

-          Bien sûr dit Christiane ; mais il semble que la plus a chassé tous les taxis et j’étais déjà si heureuse de voir mon oncle venir de façon si providentielle

-          Alors, si vous croyez que je suis le fruit de la providence, je ne peux refuser de vous aider dit malicieusement le monsieur en souriant à ma copine

-          Au fait, c’est ma copine qui allait au centre culturel français ; elle semble un peu en retard, pouvez vous la dépanner ?

-          Avec plaisir, puisque c’est sur mon trajet !

-          Je vous remercie monsieur dit Christiane et souriant et en ouvrant la portière, elle me poussa dans le véhicule comme un colis qu’elle liquidait le cœur leste !

Je montai à bord du véhicule réalisant à peine ce qui m’arrivait. Le véhicule était très climatisé et je frissonnai, ce qu’il remarqua en éteignant le climatiseur et en diminuant la radio. Depuis, je n’avais pipé mot : j’étais assise très droite sur mon siège, dépaysée car c’était la première fois que je suis rentrée dans le véhicule d’un inconnu ! Christiane était certes un peu loufoque mais de là à faire une auto stop aussi aisément je n’y croyais pas mes yeux ! Je n’aurais jamais eu ce courage, quitte à geler sous cette pluie diluvienne. Le raclement de la gorge du propriétaire du véhicule me fit revenir à ma surprenante réalité.

-          Vous allez faire quoi au centre culturel français jeune fille me demanda le monsieur

-          Je vais à la bibliothèque répondis-je sans oser le regarder. Au fait, ce monsieur peut être mon père et ma stricte éducation ne me permettait pas de regarder les personnes d’un certain âge dans les yeux ; je répondis donc en me concentrant sur la route

-          Vous y êtes donc adhérente ?

-          Oui depuis que j’avais 4 ans lui répondis-je le plus naturellement du monde

-          Et vous avez quel âge maintenant ?

-          J’ai 15  ans bientôt

-          En bien dit-il en sifflant d’admiration : adhérente à la bibliothèque depuis 14 ans, quelle prouesse !

-          J’adore la lecture : je ne peux pas vivre sans lire, je préfère mourir

-          Vous faites quelle classe ma fille ?

-          Je suis en classe de troisième, je passe le brevet cette année

-          Le brevet littéraire je suppose dit-il en riant

-          Bien sûr !

-          Dites moi quel genre de lecture vous aimez, peut être que je peux me rappeler certains auteurs, j’ai lu il y a si longtemps !

-          Je lis un peu de tout sauf les harlequins, je les trouve trop terre à terre. J’ai commencé avec les bandes dessinées, Lucky Luke, les schtroumpfs, tout y est passé ! après je suis passée progressivement de la bibliothèque rose à la bibliothèque verte ; puis, les polars, Agatha Christie en tête, les collections Masque y sont passé par contre je déteste les S.A.S que je trouve violent. Là je vais rendre Jules Vernes, « De la terre à la lune», que je viens de lire pour la troisième fois ! j’adore aussi Antoine de Saint Exupéry : « Le petit prince » m’intrigue fortement, je crois que je n’ai pas encore décrypté tout son message. J’étais intarissable sur les types de collection, les auteurs, les titres jusqu’à ce que j’oublie complètement que je parlais avec une personne qu’il y avait vingt minutes à peine, je ne connaissais pas.

-          Eh bien, je suis bien surpris, mademoiselle a des goûts très sûr en littérature ; moi qui croyait que toutes les femmes lisaient uniquement la collection harlequins !

-          Moi je ne suis pas toutes les femmes ! je suis moi m’écriai-je offusquée ! je déteste harlequins, c’est monotone : on s’aime, on se déteste et après on se marie ; trop linéaire et c’est toujours le même schéma ; s’il n’y a que cette collection, je préfère prendre un livre de géographie ennuyeux à mort !

-          Dis donc, vous avez assez de caractère.

Ceci dit, il gara devant le centre culturel français et nous continuâmes un instant de discuter livre et autres.

-          Merci monsieur, j’ai pris réellement du plaisir à discuter avec vous mais je dois y aller ; je suis très en retard, la bibliothèque ferme dans une demi-heure. Et c’est alors en lui tendant la main pour le salut d’au revoir que j’osai le regarder de face et il me dit

-          Oups ! j’ai oublié de demander comment on vous appelle

-          Mola lui répondis-je dans un sourire

-          Mola, c’est assez simple et jolie. Moi je suis Joseph mais appeler moi Jo ; il fouilla dans sa boite à gant à la recherche d’une carte de visite qu’il ne trouva pas ! il retrouva néanmoins un papier entête en son nom et muni d’un crayon, il me mit ses numéros de téléphone ; le fixe professionnel et son numéro mobile ; un mobile, à cette époque n’était pas donné à n’importe qui !

-          Tenez ce sont mes contacts ; appelez moi n’importe quand, je serais heureux de discuter avec vous ! sincèrement, j’ai été agréablement surpris par votre esprit vif et avec les jeunes, je crois que cela me rajeunira dit-il en me donnant une vigoureuse poignée de main et je descendis de la voiture.

J’oubliai totalement Jo car les compliments qu’il m’avait prodigué n’était rien d’extraordinaire pour moi ; professeurs, parents, amis, amis de mes parents, tout le monde est toujours surpris qu’une petite fille aussi chétive que moi, réservée, à peine sortie de la puberté ait assez de culture et de logique argumentaire! L’effet que j’avais sur les gens était toujours aussi surprenant qu’agréable et pour une fois encore, je venais de me convaincre que l’option que j’ai choisi de me cultiver par la lecture était la meilleure.

Un après midi où mon professeur de mathématique sécha la séance de travaux dirigés, je plongeai la main dans la poche de ma jupe Jeans et trouva un petit bout de papier tout froissé : le nom et le numéro de téléphone de mon nouvel ami Joseph ; je décidai de l’appeler donc à la cabine téléphonique la plus proche du collège. Est-ce qu’il va encore se rappeler de moi à présent ? Me demandai-je ? Bof tant pis ! Il m’avait demandé de l’appeler car j’avais refusé de lui donner mon numéro de téléphone. Comment pourrais-je expliquer à mon père le coup de fil d’une personne aussi âgée ?

J’allai à la cabine téléphonique la plus proche rentrai  et composai le numéro ; au bout de la deuxième sonnerie, j’eus un standardiste en ligne énonçant le nom d’une entreprise que j’avais beaucoup de mal à saisir ! Que je suis bête ! Je croyais tomber directement sur Joseph mais heureusement pour moi car je ne saurais même pas si c’était lui, je ne savais à quoi pouvait ressembler sa voix au téléphone. Je demandai à parler à mon ami et me présentai. On me balança la douce musique des standards et quelques minutes plus tard plus, j’eus une voix assez grave qui me fit sursauter :

-          Bonjour Mola, je suis content que tu m’appelles

-          Bonjour Mr Joseph, j’ai pensé à vous en revoyant le petit bout de papier que vous m’aviez donné

-          Ah bon, je comprends pourquoi j’ai attendu en vain que tu m’appelles ; si tu n’avais pas revu ce petit bout de papier, tu ne m’aurais pas appelé quoi, demanda-t-il tout offusqué

-          Sincèrement non lui répondis-je toute naïve, inconsciente du fait qu’il faille faire quelques fois plaisir à son interlocuteur

-          J’apprécie ta franchise même si elle blesse ! dis moi tu es où actuellement aujourd’hui ?

-          Je suis dans une cabine téléphonique non loin de mon collège

-          Et où est ton collège ? me demanda-t-il tout curieux

-          C’est juste avant le carrefour de la banque nationale ; je suis justement à la cabine verte qui est au carrefour

-          Humm, voyons me dit-il ; tu as porté un chemisier jaune et une jupe en Jeans c’est cela, me demanda-t-il

-          Tu es où ? tu me vois lui demandai-je dépassée

-          Regarde de l’autre côté de la rue l’immeuble sous lequel est la station d’essence, tu vois cette fenêtre vitrée, c’est celle de mon bureau. Alors, raccroche le combiné, traverse la rue et demande à me voir à l’étage.

C’est ainsi que je mis les pieds pour la première fois dans le bureau Joseph. Ma séance de travaux dirigés était prévue de 15h à 17h30, heure à laquelle je devrais honorer l’anniversaire de deux amies, sœurs jumelles à l’autre bout de la ville ; m’étant retrouvé subitement oisive à la suite de l’absence du professeur, je décidai de passer ce temps avec  mon nouvel ami. Une heure passée à discuter de divers sujets pour lesquels je défendais mes points de vue de façon très véhémente. A trente minutes de mon départ, il me proposa d’aller me déposer à l’anniversaire de mes amies, il fallait traverser la moitié de la ville alors.

Nous discutions tout le long du trajet quand Joseph se gara devant un genre d’hôtel sans que je ne compris pourquoi. Il me demanda de patienter un moment et jusque là, je n’avais encore rien pigé. Il rentra à l’intérieur et y resta quelques temps. Quand il en un couloir que tu longeras et tu rentres dans la chambre numéro seize.

-          Quoi, je n’ai pas compris dis-je sincèrement, je fais quoi ?

Mais mon interlocuteur s’était retourné et était rentré dans l’hôtel ; j’étais très surprise de ressortit, il se dirigea vers moi et au lieu de rentrer dans la voiture, se pencha vers moi et me dit :

-          Je vais rentrer et dans une dizaine de minutes, tu rentres dans le hall, tu verras son comportement que je commençais par trouver un peu bizarre. J’attendis quelques minutes sans qu’il ne revienne et je décidai d’aller comprendre ce que se passait à l’intérieur. C’était bien d’un hôtel qu’il s’agissait, d’ailleurs il m’a semblé avoir entendu un jour une publicité à la radio à propos de cet établissement. J’entrai donc dans le hall et je vis au comptoir de la réception, un jeune homme qui ayant compris quelque chose que décidément moi-même n’ayant pas encore compris, m’indiqua l’entrée du couloir où je m’engageai ;
(A suivre.....)

 

Par Dahomée - Publié dans : nouvelles
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